
Auteur : Gaël Giraud
Éditeur : Seuil
Année de publication : 2022
Une crise systémique, bien au-delà de l’écologie
Dans Composer un monde en commun, Gaël Giraud part d’un constat radical : la crise écologique actuelle n’est pas un phénomène isolé mais l’expression d’une crise systémique du capitalisme contemporain. Crise climatique, érosion de la biodiversité, explosion des inégalités, fragilisation des démocraties et désagrégation du lien social relèvent d’un même modèle économique fondé sur l’extraction, la prédation et l’illusion d’une croissance infinie. L’auteur souligne que les réponses technocratiques ou purement marchandes sont insuffisantes, car elles laissent intactes les structures profondes de domination et d’aliénation.
Redonner une place centrale aux communs et à la coopération
Face à ce diagnostic, Gaël Giraud propose un changement de paradigme : passer d’un monde gouverné par la logique de la concurrence à un monde fondé sur la coopération et la gestion des communs. Inspiré à la fois par l’économie institutionnelle, la pensée écologique et une anthropologie relationnelle, il défend l’idée que les humains ne sont pas avant tout des agents rationnels maximisateurs, mais des êtres interdépendants. La préservation des biens communs — qu’ils soient naturels, sociaux ou culturels — devient alors la condition même de la soutenabilité économique et politique.
Une conversion éthique et spirituelle du regard
L’ouvrage ne se limite pas à une critique économique. Il appelle à une véritable conversion du regard sur le monde et sur notre manière de l’habiter. Gaël Giraud insiste sur la nécessité de repenser la valeur, le travail, la richesse et le progrès à l’aune de la dignité humaine et du soin porté aux relations. Cette transformation est à la fois politique, institutionnelle et intérieure : elle suppose de reconnaître nos vulnérabilités, de renoncer à la toute-puissance technologique et de réapprendre à « faire monde » ensemble, dans des limites assumées.
Ma ligne de crête
J’ai choisi cet ouvrage parce qu’il articule avec une rare cohérence rigueur intellectuelle, lucidité politique et profondeur anthropologique. Ce qui frappe, c’est la capacité de Gaël Giraud à relier des domaines souvent cloisonnés — économie, écologie, philosophie, spiritualité — sans jamais tomber dans le simplisme ni l’angélisme. Composer un monde en commun ne fournit pas un programme clé en main ; il invite plutôt à un déplacement intérieur et collectif, exigeant, parfois inconfortable. La force du livre tient à cette exigence : accepter que les solutions techniques ne suffiront pas si elles ne s’accompagnent pas d’une redéfinition de ce que nous jugeons désirable, juste et vivable. Dans un contexte de fragmentation et de perte de sens, cette invitation à « composer » plutôt qu’à imposer ouvre une voie à la fois modeste et profondément subversive.
Laisser un commentaire