• Auteur : Olivier Hamant
  • Éditeur : Tracts Gallimard
  • Année de publication : 2023

De la performance à la robustesse

    Dans Antidote au culte de la performance, le biologiste Olivier Hamant critique l’idéologie de la performance, fondée sur la recherche constante d’efficacité et d’optimisation. Selon lui, cette obsession, qui infuse nos systèmes économiques et sociaux, constitue moins une solution aux crises actuelles qu’une partie du problème. Face à l’instabilité croissante (dérèglements climatiques, tensions géopolitiques, crises sanitaires et sociales, conflits armés) Olivier Hamant prône un changement de philosophie : passer d’une logique de performance à une logique de robustesse, inspirée du fonctionnement du vivant.

    L’auteur part du constat que notre époque est dominée par les objectifs chiffrés et les logiques d’optimisation. Pourtant, cette quête de résultats produit des effets pervers. Les indicateurs finissent par devenir une fin en soi, qui encourage le court-termisme et la réduction du réel à des chiffres simplifiés.

    La performance comme illusion de progrès

    Hamant montre que cela fragilise les systèmes au lieu de les renforcer. En cherchant à éliminer les marges d’erreur, à rationaliser chaque processus, on réduit les capacités d’adaptation. Les chaînes de production deviennent plus vulnérables, les organisations plus rigides, et les individus plus exposés à l’épuisement. À cela s’ajoutent les effets rebond : les gains d’efficacité conduisent souvent à une augmentation globale de la consommation. La performance crée ainsi une illusion de progrès. Au passage, la sobriété peut également devenir une injonction de performance si elle se limite à faire la même chose avec moins.

    Repenser nos organisations en s’inspirant du vivant

    Or, dans un monde instable, cette stratégie n’est pas la bonne. La performance produit des solutions hautement spécialisées, efficaces dans un contexte donné, mais inutiles lorsque les conditions changent. Le monde du vivant, au contraire, repose sur l’adaptabilité : une capacité à faire face à l’imprévu grâce à la redondance et à la flexibilité. La biologie est centrale dans l’essai d’Olivier Hamant. Contrairement à nos systèmes optimisés pour la performance, les systèmes vivants fonctionnent avec des rendements faibles,  des marges d’erreur et une diversité de solutions. C’est ce qui leur permet de survivre dans des environnements changeants. En s’inspirant du vivant, Hamant propose de repenser nos organisations, nos politiques publiques et nos modèles économiques. La robustesse implique d’accepter l’imperfection et de tolérer une certaine lenteur. Elle suppose également de redonner de la place au local, à l’hétérogène et au bricolage, plutôt qu’à la standardisation à tout prix. La robustesse, au contraire, redonne du sens et de la crédibilité aux transitions nécessaires. Elle permet de construire des systèmes capables de durer, non pas en cherchant à être parfaits, mais en acceptant d’être vivants.

    Ma ligne de crête

    J’ai choisi cet essai car il prend à contre-pied de nombreuses idées reçues qui structurent encore largement notre vie économique et sociale. Il rappelle que, lorsque les repères habituels disparaissent, comme ce fut le cas en 2025 avec l’avènement d’une nouvelle administration américaine, il devient indispensable de repenser nos cadres d’analyse. Chacun peut aisément mesurer ce que signifie, dans son propre domaine, substituer à la recherche d’une efficacité permanente une logique de robustesse. Pour ma part, cette lecture m’a immédiatement conduit à reconsidérer certains aspects de mon activité professionnelle, centrée sur la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et la gestion des chaînes d’approvisionnement mondialisées.

    SG

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